5 Mûnuovo

 

 

5

Mûnuovo

 

 

 

            Antony est inquiet. Une armée d’Anubis vient de se déployer en ville. Si l’héritière et ses amis arrivent maintenant  il va être quasiment impossible de les protéger. Il faut à tout pris organiser une réunion pour prendre des mesures. Il se rend chez Henri où il pense trouver les autres. Quand il entre dans le café, il constate que seulement trois tables sont occupées. Deux petits vieux jouent qui aux échecs près de la fenêtre, un ivrogne qui cuve sa cuite d’hier endormi sur la table et une jeune fille qui sirote un café, au fond de la salle, les yeux rivés sur un livre. Il s’installe au comptoir et après avoir salué le patron des lieux, commande un express.

            - Je crois que la jeune fille t’attend. Lui dit le bistroquet en lui donnant sa tasse. Elle était avec Aaron et la bande. Ils sont repartis et elle doit t’amener au nouveau q.g. On craignait que tu n’ais été arrêté. La maison de Luis à été perquisitionnée ce matin. Rien n’a été trouvé ma vous ne pouvez plus vous y réunir.

            Antony comprend pourquoi il ne trouvait pas les autres.

 Il prend son café et va s’asseoir auprès de la jeune fille.

            - Bonjour. Je suis Antony. Je crois que vous m’attendiez.

            - Bonjour. Moi c’est Alex. Je suis la fille de Mortimer. Je dois vous amener à la nouvelle planque. Le temps presse. Il faut changer les plans pour aider l’héritière à vaincre le magicien pourpre.

            Alex s’engage dans la rue sans l’attendre, ni se retourner pour s’assurer qu’il suit. Antony va régler les cafés, et s’engage derrière la jeune fille, en conservant une distance respectable, comme il a prit l’habitude de le faire depuis qu’il a intégré la résistance. La fille de Mortimer prend des passages et des venelles qu’il ne connaissait pas jusqu’à aujourd’hui. Pourvu que je ne sois pas tombé dans un piège, se dit-il, après tout je ne connais pas cette fille et Morti n’a jamais parlé d’une fille qu’il aurait. Au bout d’une demi-heure de marche dans ce labyrinthe, Alex s’arrête devant la porte d’un immeuble lépreux de quatre étages et l’attend.

 

 

            - C’est ici au quatrième. Il n’y a pas d’ascenseur, vous pouvez monter ou vous préférez souffler cinq minutes pour vous reposer ?

            Il ne sait pas si elle est sérieuse ou si elle se moque de lui. C’est vrai qu’il a eu du mal à suivre son rythme et son allure au pas de course, mais il décide néanmoins de prendre les escaliers sans attendre. Arrivés en haut des marches, ils pénètrent dans une grande pièce seulement meublée d’une longue table et de chaises. Les fenêtres sales laissent filtrer une faible lumière grise. Ils sont tous là. Aaron préside l’assemblée, avec à sa droite, Mortimer, Bastien, Luis et Stella. A sa gauche se trouvent, Hélène son épouse, Marcus et Zacharie.

            - Nous n’attendions plus que vous, installez vous.

            Avant qu’ils aient fait un pas la voix de Luis les figea sur place.

            - Une minute. Je ne connais pas cette fille dont Mortimer ne nous a jamais parlé et qui sort de nulle part justement le jour ou les gardes débarquent chez moi.

            - J’ai toujours voulu la protéger en la tenant à l’écart mais les choses s’accélèrent et on a besoin de tout le monde.

            - C’est bon, je gère la situation, reprend Aaron, on sait que l’héritière s’approche de la cité, mais le

 

 

Magicien Pourpre le sait aussi et j’ai appris qu’il a envoyé des troupes ici pour la capturer ainsi que ses amis. Nous n’avons plus de nouvelles de Haty depuis hier et personne ne parvient à entrer en communication avec lui pour organiser leur entrée en ville.

. Alex se lève pour prendre la parole.

            - Ils sont à moins d’une journée de marche. Haty m’a contactée il y a une heure environ.

            - Comment ce fait-il que ce soit toi qu’il contacte ? demande Luis.

            - Je suis la seule qui ne soit pas fichée.

            - Ça suffit comme ça. Lance Aaron. Il faut décider quoi faire. Je propose d’aller les attendre à la porte ouest avec une camionnette et de les amener ici. Alex, demandes à Haty si cela lui convient…

            - Je ne lui fais toujours pas confiance. Le coupe Luis

            - Vos pensées sont espionnées par les gardes, lui envoie Haty en pensée, et tu vas comprendre pourquoi le sien ne l’est pas.

              Effectivement, il comprend. Le visage d’Alex se transforme sous ses yeux. La mâchoire s’allonge en museau, ses oreilles pointent vers le haut et les parties visibles de son corps se couvrent d’un pelage gris.

 

 

 

            - Oui je suis un loup garou. Dit la chose d’une voix rauque. Haty m’as recueillie, après le massacre de ma meute par la résistance, alors que je n’étais qu’un louveteau à moitié humain et il m’a confié à Mortimer en lui demandant de me garder au secret le plus longtemps possible. Seul Aaron était au courant. Maintenant vous l’êtes tous et si il y a quelqu’un qui n’est pas d’accord, je me ferais un plaisir de le dévorer pour régler le problème.

            - Ok je m’incline.Mais vous auriez du nous tenir au courant.

            - Moins il n’y a de personne au courant et moins il y a de risque que les gardes ne s’immiscent dans les pensées. Ceci dit ils seront à la porte ouest à la tombée de la nuit. Organisez-vous pour les récupérer, moi, je vous quitte. Antony, tu veux venir avec moi ? On a un travail à faire.

            Encore sous le choc, Antony se lève pour suivre Alex. Il n’en revient toujours pas qu’elle soit un loup-garou.

            Une fois revenus dans la rue Alex lui dit.

            - Il faut qu’on organise l’entrée de l’héritière et l’écrivain en ville. Ils sont complètement déboussolés par la descente de ce matin et j’ai l’impression qu’ils ont perdu quatre vingt dix pour cent de leurs moyens.

  

 

 

            - Je peux te poser une question ?

            - Tu peux me poser une question et moi je peux te répondre si je veux.

            - Tu l’aurais vraiment dévoré ?

            Alex éclate d’un rire cristallin.

            - Bien sur que non. C’était juste pour lui clouer le bec. On a assez d’ennemis sans devoir se battre avec nos amis.

            - Ce n’est pas la pleine lune, comment as-tu fait pour te transformer ?

           - Cela fait deux questions, mais je vais quand même te répondre. L’histoire du loup garou qui se transforme contre son grès à la pleine lune, n’est que légende. On se transforme à volonté n’importe quand et à n’importe qu’elle heure du jour ou de la nuit, mais les humains nous craignent déjà les nuits de pleine lune, ils ne supporteraient pas de se méfier de nous tout les jours de l’année. Et elle repart de son rire qu’il trouve vraiment de plus en plus charmant.

            Ils s’arrêtent devant un petit pavillon avec un jardiné sur le devant. Alex lui dit.

           -Reste ici. Je vais passer par chez moi pour me changer, j’en ai pour deux minutes.

 

 

           -Si je t’attends deux minutes tu vas te retrouvée seule en revenant. Je n’ai jamais vu une fille se changer aussi vite.

           -Encore des réflexions de macho comme celle la et je te dévore tout cru.

           Et ils partent tout les deux d’un rire franc qui leur fait du bien. Les occasions de rire en ces temps sombres sont si rares. Trois minutes plus tard, Alex revient, vêtue d’un jean et d’un t-shirt. Elle lui dit en souriant, « J’étais prête plus vite mais j’ai trainé pour que tu gardes tes idées de macho ». Et ils reprennent leur chemin vers la porte de la ville.

            -On arrive aux remparts, tu vas m’attendre ici, je vais les chercher. Transformée en loup garou, les gardes ne se méfieront pas de moi. Si les autres arrivent tu leurs dis de nous attendre.

            Après s’être transformée en loup garou, elle se dirige vers la porte. Les gardes lui jettent un regard mi  méfiant, mi craintif, et, comme pour en rajouter en passant devant eux, elle leur lance un grognement de bête sauvage, à glacer le sang. Antony est impressionné par le changement opéré entre ce monstre et la charmante jeune fille qu’il connaît de puis ce matin.

*

 

 

           

            Sur la route non loin de là nos trois amis arrivent au croisement d’une piste à peine visible. Elle chemine vers l’est et on distingue à l’horizon les remparts d’une cité, qui courent sur des kilomètres.

            - On va attendre ici, dit Haty dans leur tête, quelqu’un va venir nous chercher.

            - Cette ville m’a l’air immense, remarque Chris.

            - Je t’ai dit que tous les habitants sont regroupés dans les villes. Personne n’habite en dehors, à part quelques groupes de résistants au magicien pourpre, et les maraudeurs, qui pillent les maisons abandonnées, pour revendre leur butin aux habitants réfugiés dans les cités.

            Chris s’allume une cigarette et s’installe au pied d’un arbre. Il n’y a aucune feuille pour lui faire de l’ombre mais ça le rassure et lui rappelle son ancienne vie, qu’il espère bien reprendre le plus vite possible, malgré les doutes qui l’assaillent. Il en profite pour observer le paysage autour d’eux. Quelques arbres fantomatiques sont disséminés le long de la piste ce qui  permet de la distinguer. Au nord, dans la direction de leur quête, se dessinent les contreforts d’une montagne. En revenant à la piste son regard accroche une silhouette au loin. Maïla et Haty l’ont vu aussi. Elle se rapproche rapidement. Il distingue enfin ce qu’il identifie comme un loup-garou. Maïla a armé son arbalète, il prend sa

 

 

carabine et se tient près. Pas question de laisser une chance à cette abomination de la nature.

            - Non. Leur dit Haty. Attendez qu’elle arrive.

            - Tu crois ? A cette distance je peux l’avoir avec la carabine. Cela éviterait de prendre le risque que l’un de nous ne soit blessé au cours d’une bataille.

            - Ne faites rien tant que je ne vous le dit pas.

           La créature se rapproche enfin. Elle s’arrête à trois mètres à peine, les regarde successivement de ses yeux jaunes et demande d’ne voix qui ferait fuir les chasseurs le plus aguerris.

            - Il est ou le petit chaperon rouge ? J’ai une faim de loup.

            - Le clown que tu as du manger au petit déjeuner devrait te suffire. Lui répond Haty. Puis se tournant vers Chris et Maïla, je vous présente Alex. C’est la joie de vivre  incarnée, dans ce monde trouble. Et accessoirement c’est aussi notre guide pour entrer dans la cité de Mûnuovo.

            - Enchanté, dit Chris, mais cet aspect de monstre me déstabilise un peux.

            - Ne me traite plus jamais de monstre si tu veux vivre assez longtemps pour voir se lever le jour prochain.

            - Enchanté, dit Chris, mais cet aspect de monstre me déstabilise un peux.

            - Ne me traite plus jamais de monstre si tu veux vivre assez longtemps pour voir se lever le jour prochain.

 

 

            En entendant ces mots il se fige puis raffermi sa prise sur la winchester, quand il voie la bête se transformer petit à petit en une jeune fille, à peu près de l’âge de Maïla. Cela pourrait être elle le petit chaperon rouge, se dit-il et l’absurdité de la situation le frappe aussitôt. A la fois loup et chaperon rouge.

            - Ou en est la situation ? Demande Haty quand elle a terminé son retour à une apparence humaine.

            - C’est l’effervescence à Mûnuovo. Tout le monde vous attend. Et quand je dis tout le monde c’est tout le monde. Pas seulement nous, mais aussi la garde, qui a été doublée, plus un régiment d’Anubis, très dangereux ceux-là. Notre q.g. a été investi ce matin, ce qui m’a obligé à me dévoiler. Mais de toute façon, comme vous arrivez, ça ne fait qu’avancer d’un jour ou deux.

            - Qu’est-ce que tu propose ?

            - On attend la nuit pour rentrer dans la cité. Les gardes sont moins vigilants à la tombée du jour. Ce sera plus facile pour Maïla de se rendre invisible ainsi que Chris. Les loups et les loups garous ont libre accès, les gardes les craignent trop pour leur chercher des noises, et de toute façon ils sont tous aux ordres du magicien pourpre.

            - Mais je ne sais pas rendre les gens invisibles.

 

 

            -Tu es magicienne ne l’oublies pas. Tu ne rendras personne invisible. Tu entre dans l’esprit des gardes pour qu’ils ignorent votre présence. Tu les persuades que nous sommes seul Haty et moi, c’est beaucoup plus facile que tu ne le crois. C’est une fois entré en ville que les choses vont se corser. Les Anubis sont trop nombreux pour pouvoir investir leurs cerveaux. Ils se déplacent en troupes de vingt minimum.

            - Comment ce fait-il que tant de monde nous connaisse et soit au courant de nos faits et gestes, alors que nous ne connaissons personne ?

            - Peut-être parce qu’on a lu tes livres mon chou. Tu devrais peut-être en faire autant.

            Cette fille est la copie conforme de Maïla, se dit il, déjà avec une je ne faisais pas le poids, mais avec deux ce n’est même pas la peine d’espérer.

            - Hé l’écrivain ! Tu devrais fermer un peut plus ton cerveau. Tu sais que nous pouvons lire dans les pensées. Lui lance Alex, en partant dans un fou rire, qui gagne aussitôt Maïla.

            Ça lui fait plaisir de les voir rire, même si il regrette que se soit à ses dépends.

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Date de dernière mise à jour : 17/12/2015

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