6 La résistance

 

 

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La résistance

 

 

 

           

            Une fois calmées les filles reprennent le contrôle de la situation.

            - La nuit commence à tomber. Je suggère que nous commencions à nous rapprocher de Mûnuovo. Sans nous presser nous serons là-bas à la nuit noire.

            Tout le monde acquiesce à la proposition de Maïla et le petit groupe s’ébranle vers son destin. Après une heure de marche, Alex s’arrête.

          - Je vais reprendre mon apparence de loup garou ici. Maïla commence à te connecter aux pensées des gardes. Et surtout ne perds pas la liaison tant que nous n’avons pas passé la porte. Si tout ce passe bien, on nous attend de l’autre côté. Il devrait y avoir une camionnette, pour aller jusqu’à la planque que nous vous avons aménagée.

 

 

            - Vous avez des voitures ? demande Chris.

            - Bien sur, mais ce sont des petites voitures électriques. Les moteurs à essence, plus puissant et avec plus d’autonomie sont réservées aux gardes et aux notables. Si un habitant de la cité voulait partir en voiture, il serait rattrapé en moins de deux, par les gros 4x4 des gardes.

           - On pourrait voler un de ces 4x4 ?

           - Même pas dans tes rêves. On arrive en vu de l’entrée, plus personne ne parle, car si ils ne vous voient pas ils pourraient vous entendre. L’écrivain, pas d’hésitation, Maïla, ne te relâches pas. Tout va bien se passer.

            En passant la porte, Alex pousse à nouveau son grognement de fauve, histoire de montrer que c’est bien elle la plus forte. Et ça marche. Les gardes se plaquent contre leur guérite et Chris se retient de justesse pour ne pas pousser un cri de terreur. Décidément il ne s’y fera jamais.

           A quelques pas de l’entrée ils aperçoivent deux hommes qui discutent en fumant près d’une petite camionnette qui ressemble au Combi de  Volkswagen. En les voyant arriver, ils ouvrent les portes arrière pour les faire monter.

 

 

 

            - Bonsoir monsieur. Je suis Antony et notre chauffeur, c’est Bastien. Content de vous voir en bonne santé. Puis se tournant vers Maïla, Bonsoir majesté.

            Les présentations faites ils grimpent dans la voiture. Deux banquettes en vis-à-vis les accueillent. Le véhicule s’ébranle en silence. Ils roulent pendant presque une heure, alternant les ruelles et les grandes avenues, les quartiers résidentiels et les gratte-ciels, ne croisant que peux de véhicules et encore moins de passants. Leur chauffeur s’arête dans un lotissement. La majorité des maisons est faite sur le même moule, mais quelques unes sortent du lot, dont celle devant laquelle ils sont garés.

           - On a pensé que vous apprécieriez une réplique de votre maison, monsieur. Lui dit Antony. On vous laisse vous installer et vous reposer. On viendra vous chercher demain matin. Alex restera avec vous en cas de problème. Mais, je vous rassure, il ne devrait pas y en avoir.

           Chris n’en revient pas de la prouesse qu’ils ont accomplit, mais, finalement, quoi de plus normal dans ce monde ?

            Il pénètre à l’intérieur, suivit des filles et du loup, pour constater que c’est bien la réplique exacte de sa maison. Rien ne manque. Pas le moindre bibelot, n’a été oublié. Tout à coup ça lui vient comme un éclair dans sa tête. Il jette son sac à terre et se précipite dans son bureau. Installé sur son fauteuil il ouvre son ordinateur.

 

 

         

Tout ses dossiers sont bien là, son dernier livre, qu’il vient de terminer, ainsi que tout les autres qu’il avait stockés sur son disque dur.

            - Ton ordinateur te manque à ce point ? lui demande Alex.

            - Si tout ce qui se passe ici provient de ce que j’ai écrit, je dois pouvoir le rectifier.

            - Je vois que tu comprends vite, mais pas tout. C’est pour cela que nous t’avons fait venir dans notre monde, mais ce n’est pas aussi simple. On ne peut pas changer le passé, même ici, mais tu peux écrire l’avenir.

            - Avec tout ce qui ce passe ici j’ai la tête vide. Comment voulez vous que je réfléchisse dans les conditions ou je me trouve ?

            - A toi de voir. Tu as créé ce monde, à toi d'assurer sa survie.

            - Ok je vais essayer de faire quelque chose.

            Il se tourne vers la bibliothèque derrière lui, ouvre la porte et prend, sur l’étagère la plus basse, une bouteille de whisky et un verre. Ils ont vraiment fait la maison à l’identique, se dit-il. Alex se tourne vers Maïla.

 

 

            - Viens. Allons nous reposer. Je ne sais pas si on peut en tirer quelque chose, mais j’en doute de plus en plus.

            Dans le salon, elles retrouvent Haty qui a l’air de dormir sur le tapis, mais elles savent toutes deux qu’à la moindre alerte il sera le premier sur pates et plus efficace que n’importe lequel d’entre eux.

            Alex s’installe sur le canapé.

            - Vas te coucher dans la chambre de sa fille, je trouve ce canapé très confortable et de toute façon, dans moins d’une heure, je serais en loup garou sur le tapis aux côtés de Haty.

            Maïla se dirige vers la chambre, après avoir souhaité une bonne nuit aux deux « loups ». Une fois dans la petite pièce elle a une impression de déjà vu. Elle n’a pourtant jamais eu de chambre de jeune fille, quand elle a été recueillie par Sean et « le vieux » elle n’avait alors que cinq ans, et sa chambre était celle d’une petite fille, depuis elle dort à la belle étoile ou sur des paillasse rustiques. Celle-ci, transpire la personnalité de celle qui l’occupait. Les murs peints à la couleur du ciel, avec quelques nuages blanc ça et là, un grand lit avec un loup hurlant à la lune, imprimé sur la couette. Quelques photos, sur le bureau, ou sur les murs, présentent une jeune fille heureuse, avec sa mère, son père, ou les deux. En les regardant, à tête reposée elle constate qu’elle se

 

 

ressemble vraiment. On pourrait penser que c’est elle qui pose sur ces photos. Elle n’avait pas remarqué la similitude la dernière fois qu’elle était venue ici. Elle s’allonge toute habillée sur le lit, en se demandant si elle pourra dormir sur une couche aussi confortable, mais tombe aussitôt dans un sommeil sans rêve.

            Le soleil est déjà haut dans le ciel quand Alex vient la réveiller.

            - Bien dormi ?

            - Comme une masse.

            - On va prendre un bon petit déjeuné. Antony nous a amené des croissants et le café est en train de passer.

            Elles vont s’installer dans la cuisine, ou sont déjà assis Antony et Chris. L’écrivain a une tête de déterré. En voyant son air étonné Alex l’informe.

             Il a vidé la bouteille de whisky et n’a pas écrit une ligne. Je crois qu’on va se le partager, Haty et moi, pour le petit déjeuné et qu’on trouvera à se débrouiller sans lui.

             - Moins fort les filles et ton humour est lourd de bon matin Alex.

            - Bonjour à toi aussi. Et pour info, ce n’est pas de l’humour.

 

 

             Chris se sent coupable aussi il ne répond pas pour éviter le conflit.

          - Il est dix heure passé, prenez votre petit déjeuné et rafraichissez vous, on nous attend. Monsieur vous devriez allez vous doucher en premier vous irez mieux après.

            - Tu as raison j’y vais. Ne m’appelles plus monsieur mon nom c’est Chris.

            - Oui monsieur, puis se tournant vers Maïla, Majesté, vous avez bien dormi ?

            - Oui merci, mais…

            Alex lui presse le bras et la coupe.

           - Déjeunons, je meurs de faim et je doute que Haty me partage le gigot qu’Anto lui a si généreusement donné.

           - Jalouse. Manges des croissants cela te changera un peu. Et tu seras peut-être plus humaine avec ça.

           - Ce n’est pas le moment de perdre mes capacités de loup, mais j’aime bien les croissants frais aussi.

        Maintenant que tout le monde est rassasié et que les filles se sont refait une beauté, tout le monde reprend la voiture pour se rendre au Q.G.  de la résistance. Il y a un peut plus de circulation et plus de monde sur les

 

 

trottoirs. Chris remarque également des patrouilles de soldats, dont certains ont l’apparence d’Anubis. Antony remarque son étonnement.

            - Ils sont là depuis deux jours. Ce sont des troupes spéciales envoyées par le magicien pourpre pour vous capturer. La voiture est protégée par des ondes électromagnétiques, ils n’ont pas la possibilité de capter nos pensées mais nous devons rester prudent quand même.

          La camionnette stoppe devant un vieil immeuble dans une ruelle déserte. Ils montent au quatrième étage et pénètrent dans un appartement ou les attendent un groupe de sept personnes, quatre hommes et deux femmes. Tous se lèvent à leur arrivée et lancent en cœur.

            - Bien le bonjour Majesté.

           - Réponds-leur et dis leur de se rasseoir. Chuchote Alex à Maïla.

           - Bonjour à vous. Vous pouvez vous asseoir et…

         Alex lui presse encore une fois la main pour la faire taire, comprenant ce qu’elle allait dire. L’homme qui est installé en bout de table prend la parole.

         - Je m’appelle Aaron. Venez vous installer auprès de moi, nous allons vous expliquer la situation et essayer de trouver une solution.

 

 

           Tout le monde se déplace pour leur céder la place, et Maïla et Chris vont s’asseoir de chaque côté de Aaron. Antony et Alex, eux,  restent debout près de la porte. Une fois tout le monde installé Aaron reprend la parole.

            Pour commencer, Majesté, nous voudrions vous remercier d’avoir brisé le sort qu’avait lancé le magicien pourpre et qui asséchait nos terres. Le revers de la médaille c’est qu’il est rentré dans une colère noire. Il a doublé la garde en ville et a fait venir une troupe de soldats particulièrement dangereux. Je veux parler des troupes d’Anubis. Il va être plus compliqué d’accomplir votre tache, c’est pourquoi nous avons décidé de vous venir en aide en vous donnant du renfort. L’écrivain, vous avez récupéré votre ordinateur, vous savez ce que nous attendons de vous.

            - Etes-vous sur que cela va marcher ? Demande Chris

            - Essayer d’écrire quelque chose et on verra de suite le résultat.

           Chris sort son portable de son sac et après avoir ouvert le fichier du nouveau livre, qu’il a créé hier mais qui est toujours vierge, s’exécute.

           Un violent orage s’abattit sur la ville.

 

 

            A peine a-t’il le temps d’enregistrer sa phrase, qu’une pluie battante, accompagné de coups de tonnerre assourdissant tombe au dehors. Antony se précipite pour fermer la fenêtre, qui était restée ouverte.

         - Je n’en demandais pas tant mais merci quand même. Vous comprenez l’importance de votre présence ici. Les pouvoirs de l’héritière ne sont pas assez puissants pour se confronter au magicien. Mais, vous seul ne l’êtes pas non plus, car ce qui est fait ne peut être défait. Mortimer va vous dévoiler le plan que nous avons élaboré. Si vous voulez porter des améliorations vous nous le direz.

            - Aujourd’hui vous allez vous reposer, enchaine Mortimer après s’être levé, vous aurez besoin de toutes vos forces. A deux heures du matin, vous vous rendrez à la porte ouest. Vous resterez caché jusqu’à un signal donné. Une équipe sera au pied du mur sud, ou nous avons déjà disposé des explosifs sur une centaine de mètre. A deux heures pétante, Bastien, Marius, et Zacharie, ici présents, feront sauter les charges pour ouvrir une brèche dans les remparts. Toute la garde en place devrait se rendre sur les lieux de l’explosion. C’est une des raisons pour laquelle nous avons choisi deux heures du matin. C’est le moment ou il y a le moins de gardes et ils devront abandonner leur poste pour prêter main forte aux gardes patrouilleurs. Si le subterfuge ne marchait pas et que les gardes ne quittaient pas leur 

 

 

guérite, il ne faudra pas hésiter à les abattre. Notre allié au palais aura laissé des chevaux pour vous et des mules pour transporter vos affaires. Il vous faudra vous éloigner le plus vite possible de la cité car ce ne sont pas les gardes qui vont vous poursuivre mais les Anubis. Et là vous serez en danger comme vous ne l’avez jamais été. Voulez-vous ajouter quelque chose Majesté ?

            - Non ça ira. Répond Maïla, comprenant qu’ils la considèrent au dessus de ce qu’elle se sent et qu’il ne faut pas qu’elle les contredise. Puis se tournant vers l’écrivain. Chris, un commentaire ?

            - Non. Je pense que le plan devrait fonctionner.

            - Bien, reprend Aaron, qui se porte volontaire pour les accompagner ?

            Alex et Antony s’avance à la table comme un seul homme, et lancent en cœur.

            - MOI !

            - Non Alex, je ne peux pas te laisser partir, réplique Mortimer, c’est beaucoup trop dangereux.

           - Je suis suffisamment armée pour me défendre et tu le sais mieux que quiconque, puisque tu m’as élevée. De plus, maintenant que je la connais, je ne peux pas abandonner Maïla, mon amie.

 

 

           - Fais comme tu l’entends ma fille, mais prends garde à toi, je ne supporterais pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Majesté acceptez-vous que ces deux jeunes gens vous accompagnent dans votre quête ?

            - Ce sera un honneur pour nous d’être accompagnés par ces deux courageux sujets.

           Alex lui lance un grand sourire puis ce jette aux bras de son père adoptif dans une étreinte affective, comme elle a l’habitude de lui faire, et qu’il aime tant. Stella se lève à son tour pour prendre la parole.

        - Mes amis, je crois que l’essentiel à été dit. Je me suis levée à l’aube pour nous cuisiner un repas dont vous me direz des nouvelles. Venez tous au bistrot, aujourd’hui c’est mon époux qui régale, alors profitez en, cela ne se reproduira pas de sitôt.

            Tout le monde accepte sa proposition et l’assemblée se lève pour se rendre chez elle.  

            Pendant le repas Maïla s’informe auprès d’Alex.

            - Pourquoi m’appellent-ils tous « Majesté » ?

         - Mais tu es l’héritière du trône, ma chérie. Le Magicien Pourpre a tué tes parents pour s’emparer du pouvoir, mais c’est toi qui devrais être à sa place et c’est pour cela que nous nous battons.

 

 

            - Crois-tu que je pourrais être la fille de Chris ?

            - Nous sommes tous un peu ses enfants, vu que nous sortons de son imagination.

            - C’est bien comme ça que je le voyais jusqu’à ce matin, mais quand je me suis réveillée, j’avais tout les souvenir de sa fille dans ma tête. Depuis son enfance jusqu’à son accident, en passant par ses étude. J’ai même la sensation d’être morte lors de l’accident, et je suis là, bien vivante, avec mes souvenirs propres, qui se mélangent aux siens. C’est vraiment une sensation étrange.

            - Peut-être que tu as juste absorbé ses souvenirs. Sa chambre a conservé ses ondes. Si elle y a vécu vingt ans, la pièce est chargée de tous les souvenirs de cette fille.

            - Mais j’ai de plus en plus l’envie de l’appeler papa au lieu de Chris, c’est plus fort que moi.

            - Rien ne t’en empêche si tu trouves que c’est bien, d’autant plus que lui il t’identifie à sa fille.

            Après une journée de repos tout le monde se prépare à reprendre la route. Ils arrivent quelques minutes avant l’heure et attendent le signal.

           - Ils ne nous ont pas dit quel sera le signal ? demande Chris.

 

 

            - Ne t’en fais pas quand tu l’entendras tu comprendras de suite que c’est ça.

        Quelques minutes plus tard une violente explosion ébranle le silence de la nuit. Comme prévu les gardes, après une minute d’hésitation, se précipitent vers l’origine du sinistre.

            -Allez, go, on décolle.

         Le petit groupe s’élance derrière Alex vers l’ouverture laissée libre par les gardes. A cinq cents mètres sur le chemin ils rencontrent un petit homme rondouillard avec des chevaux et des mules. Les bêtes sont nerveuses et piaffent en tirant sur leurs longes.

            - Je pense que c’est l’explosion qui les a effrayés. Leur dit le petit homme.

          - Non, ils ont peur des loups. Répond Alex. Haty files devant, nous on va charger les mules et on te rejoint. Puis se retournant vers leur allié. Chambellan, retournez en ville sinon vous allez être grillé.

          - Vous me connaissez ?

          - Ne vous occupez pas de ça et ne perdez pas de temps. Adieu et prenez garde à vous.

          Les mules chargées ils montent sur les chevaux mais la monture d’Alex se fait de plus en plus nerveuse.

 

 

A force de ruades et de cabrage, elle fini par mettre sa cavalière à terre.

            - Allez-y ! Ne m’attendez pas je vous rattraperais !

            Alors que Maïla et Antony s’élancent, Chris descend de sa monture et vient aider Alex à se relever.

            - Ça va ? Tu ne t’es pas fait trop mal ?

            - Ça va aller merci. Mais vas-y. ne m’attends pas. Il faut juste que je me calme pour ne plus avoir une trace de loup en moi.

            - Tu ne crois pas que je vais te laisser tomber comme ça. Pour te débarrasser de moi il te faudra trouver autre chose.

            - Au lieu de dire des âneries, regarde plutôt ce qui arrive.

            Il en avait entendu parler, mais la vision qui s’offre à lui, lui glace le sang. Deux douzaines de clones d’Anubis qui arrivent à leur hauteur en moins de deux et les encerclent.

            - Il est trop tard pour faire quoi que ce soit, d’autant plus que les chevaux se sont enfuient. Ce serait peut-être le moment d’appeler le loup-garou.

            - Ce n’est pas la peine. Attendons de voir ce qu’ils nous veulent. S’ils devaient nous tuer, ce serait déjà fait.

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Date de dernière mise à jour : 22/01/2016