2 Retour aux terres mortes

 

 

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Retour aux terres mortes

 

           

            Un silence pesant s’installe entre eux.

            Elle se demande s’il va la croire.

            Il se demande comment il pourrait la croire.

            Pourtant. Personne n’a encore vu son dernier bouquin. Donc elle ne peut être au courant de la fin du livre qu’elle vient de lui raconter, même si elle a brodé la suite. Impossible qu’on ait piraté son ordinateur, l’appareil sur lequel il travaille n’a pas de connexion internet pour éviter ce genre de désagrément.

            - Ecoutez, on va faire les choses dans l’ordre. Vous avez besoin d’une bonne douche, après je vous soignerais les plaies que vous avez aux mains (les plaies aux mains, ça aussi il l’avait écrit). Dans la chambre au fond du couloir vous trouverez des vêtements pour vous changer qui doivent être à peu près à votre taille. Pendant ce temps je vais préparer du café. J’ai besoin de m’éclaircir les idées et vous de vous rafraichir.

            - Tu peux me tutoyer, vu que tu m’as créée, je suis ta fille que tu le veille ou non.

 

 

     

            « Ma fille ou pas ma fille en tout les cas cette gamine m’a l’air d’avoir un sacré caractère ».

            Elle hésite un quart de seconde avant d’accepter la proposition de celui qu’elle commence à considéré non plus comme « l’écrivain » mais son père, quant la voix revient dans sa tête.

            « Fais ce qu’il te dit, remets toi et reprends des forces, ici le temps se ralenti quand tu n’es pas là, mais penses surtout qu’il te faudra le ramener avec toi. Notre survie à tous en dépend ».

            Il en est à son troisième café quand Maïla pénètre dans le salon. Elle s’est changée mais elle est toujours habillée de la même façon. De toutes les façons c’est normal, il avait pris sa fille pour modèle de son héroïne  et la tenue qu’elle porte était sa tenue préférée à l’époque de sa disparition. La petite a peut être raison finalement, on peut dire que c’est sa fille.  Il remarque qu’elle s’est soigné les mains. Elles ne sont pas pansées mais les blessures ne sont que superficielles.

            Elle accepte le café qu’il lui propose, mets quatre morceaux de sucre et remarque son air effaré.

            -J’ai besoin de calories, lui dit-elle comme pour s’excuser.

 

 

 

            Désolé, je n’ai même pas pensé que tu pouvais avoir faim. Je vais nous faire cuire deux steaks.

            Pendant qu’il s’affaire à la cuisine, elle se plante devant la fenêtre et cherche à se repérer par rapport au décor qu’elle vient de quitter. C’est un paysage verdoyant qui s’offre à elle. Rien à voir avec les avants postes des terres mortes, où elle a perdu ses amis et où elle a failli mourir elle aussi. Elle repense aux derniers évènements qui l’ont amenée jusqu’ici. Comment serait-il possible qu’elle ne soit que l’imagination sortie du cerveau dérangé d’un écrivain raté. Elle est bien réelle. Elle a bien vécu vingt ans, dont la majeure partie avec ses amis qu’elle vient de perdre. Ils ont bien été attaqués par des êtres surnaturels. Tous ses souvenirs sont bien réels.

            Alors…

            - Maïla !

            Quand il l’appelle elle sort de sa torpeur. L’odeur de viande grillée qui lui parvient de la cuisine la fait saliver comme un chien devant un os à moelle. Elle prend conscience de la faim qui la tenaille.

          En entrant dans la cuisine elle se retient pour ne pas se ruer sur la table. Deux assiettes garnie d’une entrecôte saignante chacune et de pâtes à la tomate, des couverts (cela fait si longtemps qu’elle mange avec les doigts qu’elle se demande si elle saura encore se servir

 

 

d’une fourchette et d’un couteau), une bouteille de vin et une de Perrier, une miche de pain, le tout sur une nappe blanche à motif provençal.

            L’écrivain (son père) se tient debout de l’autre côté de la table en train de siroter un whisky.

            - Tu en veux un, avant de manger ?

            - Non, merci. Lui réponds Maïla. Je ne pense pas supporter l’alcool dans l’état ou je me trouve.

            - Alors assieds-toi et bon appétit.

            Le repas se déroule en silence jusqu’à ce que l’écrivain se décide à entamer la conversation.

            - Je veux bien essayer de te croire mais il faudrait que tu me donnes une preuve valable.

            Maïla termine son assiette avant de répondre « Accompagnes moi dans monde que tu as créé et tu verras bien où est la vérité. »

            L’écrivain allume une cigarette et se sert un whisky, c’est sa façon de se concentrer et  surtout excuse à son alcoolisme. Comment cette histoire invraisemblable peut-elle être vraie ? Et pourtant encore une fois la sincérité de la petite parait réelle.

 

 

            - Que faut-il faire pour aller chez toi ? Y a-t-il une porte cachée qui te fait voyager  entre les mondes, une formule magique, un lutin malicieux ?

           - Ne te moque pas de moi. Tu me prends la main et je t’emmène  de l’autre côté. Décides toi vite car même si le temps est ralenti en ce moment, je sens qu’un danger approche et il ne faut pas tarder si on veut sauver un ami que j’ai laissé pour venir te chercher.

            - Ok. Je vais me changer on y va, si tu es vraiment capable de nous faire voyager entre deux mondes. Et surtout un monde imaginaire.  Je n’ai pas de dessert mais tu peux te faire un café le temps que je me prépare. Tu sais comment fonctionne la machine ?

            - Nya nya nya ! tu me prends pour une débile ?

            - Qui est cet ami que je ne connais pas ? 

            - Je ne sais pas. Il me parle dans ma tête mais je ne sais pas qui c’est, mais je sais qu’il est blessé.

            - De mieux en mieux.

            Elle ne préfère pas relever la pique qu’il vient de lui envoyer. Elle l’observe, un jean, un blouson de cuir sur une chemise en flanelle à carreaux rouges, des bottes de motard. Un sac à dos qu’il porte à bout de bras complète son équipement.

 

 

            - Je vais rajouter des pansements et des antiseptiques à mon barda cela pourrais être utile.

            - Si tu as une arme…

            - Pas ça en rayon ma petite.

            A son retour elle lui prend la main en lui disant « allez, assez tergiversé, on y va. Retour aux terres mortes ». Et aussitôt sa vue se trouble, tout a l’air de fondre autour de lui, jusqu'à ce qu’il se retrouve dans une pièce vide qui empeste la fumée. L’endroit n’est meublé que d’une table accolée à un mur. Des braises finissent de se consumer dans la cheminée. Devant l’entrée dépourvue de sa porte, le cadavre de deux hyènes et au milieu de la pièce, allongé et haletant, un chien couvert de sang. Non pas un chien, un loup.

            - Vite il faut le soigner !

            - C’est lui ton ami ?

            - Je crois, oui.

            Maïla commence à nettoyer les plaies du loup. Elles sont nombreuses mais rien de grave. La pauvre bête est tombée d’épuisement et non pas du fait de ses blessures. En regardant au travers de la porte elle décompte au moins cinq hyènes mortes devant la maison. Une bataille féroce c’est déroulé en son absence. Le temps n’a pas du se ralentir tant que cela. Du coin de

 

 

l’œil elle observe l’écrivain qui reste planté au milieu de la pièce sans savoir quoi faire, à ce moment là, Maïla se demande si c’était vraiment une bonne idée de l’amener ici et en quoi il pourrait lui être utile. « Ta magie se fonctionnera que s’il est avec toi, n’ai crainte il te sera utile en temps voulu ». - Ok je te fais confiance mon loup, comment vais-je t’appeler ? « Haty, c’est mon nom ».

            - Je te présente Haty. Dit-elle à l’écrivain en se relevant. Et toi, au fait, comment tu t’appelles ?

            - Appelles moi Chris.

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Date de dernière mise à jour : 30/11/2015

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