3 On prend la route

 

 

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On prend la route.

 

 

           

            Les présentations faites, Maïla prends le commandement de leur petit groupe. Ils récupèrent leurs affaires.  Elle remet le couteau de Sean à sa ceinture, prend son arbalète en bandoulière et sort dans ce qui a été un jardin, mais n’est plus qu’un charnier. Haty et Chris la suivent. L’écrivain regarde effaré les cadavres des hyènes et fait mine de retourner dans la maison mais Maïla l’attrape pas le bras avant qu’il ait le temps de faire un pas.

            - Trop tard pour reculer mon beau. On a une quête à terminer. Allez, on prend la route, direction le nord, les territoires perdus.

            Maïla se lance sur la route, Haty à ses talon et l’écrivain les suivant à contre cœur. Le paysage qu’il découvre n’est que désolation. Tout est sec. Pas une once de verdure. Une route rectiligne s’étire devant eux sur des kilomètres, avec, ça et là, un arbre mort ou une épave de voiture. Il en est à se demander comment il pourrait se sortir de cette situation (si toutefois il ne rêve pas), quand ils arrivent à la

 

 

carcasse d’une bête de la taille d’un éléphant, mais d’après le peut qui reste identifiable ce serait plutôt le croisement entre un gorille et un tigre.

            - On va récupérer le plus d’affaires possible. Dit Maïla. Chris tu prends le fusil de Sean. Tu trouveras des munitions dans son sac et peut être aussi dans celui du vieux.

            Ses façons de le commander commencent à lui taper sérieusement sur le système mais il s'exécute néanmoins. Ses façons de le commander commencent à lui taper sérieusement sur le système mais il s'exécute néanmoins. Ils mettent moins de dix minutes pour rassembler les affaires qui peuvent leur être utiles. Quelques conserves de viande en gelée et de haricots, leurs sacs de couchages, trois boites de cartouches pour la winchester et une dizaine de carreaux d’arbalète que Maïla a récupérés directement sur la carcasse du monstre. L’écrivain est impressionné par le cran de la jeune fille car, bien que la bête soit morte, il ne peut pas s’en approcher à moins de dix mètres.  Au moment où il s’apprête à lui demander s’ils retournent vers la maison, elle lance.

            - On dégage. Cet endroit me fout la gerbe et il faut faire un maximum de chemin avant la nuit. Il faudra aussi trouver un abri pour dormir.

 

 

            Elle regarde autour d’elle.

            - Mais ou est passé Haty ?

            - Ce n’est qu’un loup, il a du retourner auprès de sa meute, tu ne crois pas qu’il allait rester accrocher à tes basques jus qu’à la fin des temps.

            - Tu ne sais pas de quoi tu parles. J’essaye de le contacter, mais il ne répond pas. Allez, on ne peut plus l’attendre.

            Et c’est à deux qu’ils reprennent la route rectiligne qui les mènera à leur destin et surtout au magicien pourpre. Maïla ouvrant la marche et Chris la suivant à une dizaine de pas. Le paysage reste inchangé, un désert de cailloux et quelques arbres morts disséminés le long de la route. Ni l’un ni l’autre ne parle pendant les deux heures de leur cheminement. Soudain Maïla s’arête.

            - On va faire notre bivouac ici.

            - Mais il n’y a aucun endroit ou se mettre à l’abri.

           - Non. Si on veut trouver un abri on risque de marcher toute la nuit. On va faire des tours de garde, mais d’abord, un feu. Tu vas chercher du bois avant qu’il ne fasse nuit, je regarde qu’est ce que je trouve à manger. Tiens, j’ai récupéré cette hachette dans les affaires du vieux. Pourquoi tu l’as appelé « le vieux » ? Il n’était pas plus vieux que toi.

 

 

            - Je n’arrivais pas à lui trouver de nom. C’était le plus vieux des trois.

            - Regardes, derrière toi sur la route, quelque chose arrive à un kilomètre environ.

            - Tu as une vu perçante, petite. Je ne vois rien aussi loin.

            Le visage de Maïla s’illumine.

            - C’est Haty ! Il me dit qu’il a un lièvre pour le diner. Il a du partir loin pour trouver du gibier. Vite il faut préparer le feu.

            Chris s’exécute. Il va couper du bois. A son retour au campement il se lance dans l’élaboration d’un bucher pour leur feu de camp. Maïla s’affaire adossée aux sacs à dos. Elle a vidé et pelé le lièvre. Elle vient prendre des branches parmi celles que l’écrivain a rapportées, en deux temps, trois mouvements et quatre coups de son coutelas, elle a confectionné une broche avec deux pieds pour la tenir au dessus du feu. Sitôt le foyer allumé, elle embroche le gibier de Haty et le met à cuire.

            Durant leur repas, aucun des deux ne rompt le silence pesant qui les écrase depuis qu’ils ont quitté la bâtisse abandonnée. Il sait qu’elle lui en veut de ne pas être fort et courageux comme ses anciens amis. Il sait également qu’elle le considère comme responsable de la

 

 

mort de Sean et du vieux et dans un sens elle a raison mais il ne pouvait pas faire autrement, c’était la trame de l’histoire et il lui fallait trouver une fin. Et lui il lui en veut de l’avoir entraîné dans cette histoire. Il est écrivain, pas personnage de son propre roman. La suite de leur aventure s’annonce plutôt tendue. Il l’observe tout en mangeant. Elle est installée, adossée à son sac, le loup, couché auprès d’elle, avec la tête sur ses genoux. Tantôt elle sourit, tantôt elle est grave. Il comprend qu’ils sont en pleine conversation et il est jaloux de ne pas pouvoir y participer, d’être exclu de leur complicité.

            Au moment où il va essayer de lui parler, Maïla l’interpelle.

            -Je te laisse prendre le premier tour de garde. Je suis épuisée, cela fait deux jours que je n’ai pas dormis. Surtout, entretiens bien le feu ça évitera les surprises. Réveilles moi dans trois heures.

 Et elle se couche, le loup lové contre elle et sombre aussitôt dans un sommeil réparateur. De son côté l’écrivain s’installe en tailleur auprès du feu, enveloppé dans son sac de couchage, les buches à porté de main et la carabine sur ses genoux. Il n’a pas l’habitude de faire des kilomètres à pieds comme il a fait aujourd’hui, ajouté à cela les évènements plus qu’étranges de la journée, il a du mal à garder les yeux ouverts. Il a les paupières lourdes. Il somnole par intermittence et fini par faire un cauchemar. Devant lui, à peine à deux ou trois mètres, un loup-garou immense le menace en grognant, quand une.     

 

 

flèche d’arbalète vient se planter entre ses deux yeux. Il se lève d’un bond. Il ne dormait pas, mais c’est pourtant bien un cauchemar, il n’y a pas d’autre mots pour qualifier ce qui vient de se passer.

            -Heureusement que Haty m’a réveillée, sinon je ne donnais pas cher de ta peau.

            Ses jambes se dérobent et il se retrouve assis comme si rien ne s’était passé. Il se prend la tête entre les mains.

            -Tu m’as sauvé la vie. Comment vais-je pouvoir te remercier ?

            Sans répondre, Maïla vient s’assoir à côté de lui, le prend par la taille et met sa tête sur son épaule. Elle parle tellement bas qu’il ne réagit pas de suite à ce qu’elle lui dit.

            -J’ai peur. Protèges moi.

             A ces mots, il se rend compte que ce n’est qu’une gamine. Son arrogance n’est qu’un bouclier et c’est vrai qu’il est responsable de tout ce bazar. Il remue les braises, jette deux buches par-dessus et lui répond.

            -Je vais te protéger ma petite et je te garanti que nous vaincrons ton magicien.

 

 

            Tout en lui faisant sa promesse, il regarde faire le loup qui attrape un mollet du cadavre de leur agresseur dans sa gueule et le tire de l’autre côté de la route. Maïla s’est endormie. Haty s’assied en face de lui et le fixe dans les yeux. « Il essaye de communiquer mais je ne suis pas assez réceptif. Il faut que je me concentre plus. Peut-être que… » Effectivement ça marche.

« Reposez-vous tout les deux je monte la garde ».

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Date de dernière mise à jour : 14/12/2015